Interview-Rencontres

Mike Fédée, un amoureux inconditionnel de la scène (première partie)

Une fois encore, j’ai eu envie de vous faire connaître quelqu’un d’exceptionnel. J’ai cette fois ci jeté mon dévolu sur Mike, ami de longue date et comédien. Je ne me rappelle plus vraiment quand nous avons fait connaissance lui et moi, sûrement parce qu’il fait partie de ce genre de personne qu’on a l’impression de connaître depuis toujours. Ancien élève de la section théâtre du Lycée Schoelcher en Martinique (ah c’est peut-être là que je l’ai rencontré tiens…) , j’ai d’abord entendu parler de Mike en tant qu’écrivain, auteur des livres relatant les aventures de Mike Macfield et plus récemment du roman à succès « Jeune et Jamais ». Le personnage étant multi-casquettes, je découvrirai plus tard la personne et ses talents de comédien et ne cesserai de l’apprécier dès lors…

Très intéressé par mon projet d’article, nous avons vite convenu d’un rencontre entre deux répétitions (pour lui) et deux séances de ciné (pour moi) et nous sommes retrouvés afin qu’il puisse me parler de son parcours, ses envies, ses projets, ses humeurs. Je vous livre donc le résultat que vous trouverez sans doutes aussi intéressant et inspirant que le personnage…Mesdames et Messieurs, je vous présente donc Mike Fédée !

Moi : Comment a débuté ton parcours de comédien ?

Mike : Il a commencé avec ma mère sur scène qui réalisait les spectacles de l’Université tous les deux ans. Elle me mettait sur scène pour déclamer des poèmes ou pour faire le liant entre deux chorégraphies.
Après, quand l’envie est devenue concrète, mes parents m’ont conseillé de faire une formation. J’ai donc tout fait pour rentrer au Lycée Schoelcher en option théâtre avec Michel Dural et Monique Percheron. Il y avait divers intervenants tels que Jacques-Olivier Ensfelder ou Jandira Bauer.
A côté de ça,  j’allais à Paris durant les vacances d’été pour faire des stages dans différentes écoles de théâtre. J’ai fait un stage aux Cours Florent qui ne m’a pas plus du tout, et j’ai finalement intégré l’école Claude Mathieu après l’obtention du bac. Mais avant ça j’étais au studio théâtre « Si » de Yoshvani Medina.

Moi : Pourquoi avoir choisi l’école Claude Mathieu ?

Mike : D’abord parce que c’est une école dans laquelle il y avait un très bon rapport quantité/qualité/prix. Par exemple, à coté d’une école comme les Cours Florent, où on compte environ 300 euros pour disons 5 heures de cours, aux cours Claude Mathieu, on pouvait avoir 20 heures de cours hebdomadaires pour 300 €, avec une quinzaine de professeurs intervenants et des Master Class avec des artistes du milieu théâtral. C’était plus intéressant pour moi

Moi : Qu’est ce que t’a apporté le Lycée Schoelcher dans ta formation de comédien ?

Mike : La base ! De vraies bases, très importantes. J’ai vraiment découvert le travail du corps et de l’espace, on a beaucoup insisté sur ça, surtout avec Jandira Bauer qui y accordait beaucoup d’importance. Le corps, comment bouger et se déplacer sur scène, on a énormément travaillé toutes ces questions. Par exemple ça peut paraître bête mais il faut savoir marcher sur scène, occuper l’espace, avoir une présence. Le Lycée Schoelcher m’a apporté ces bonnes bases là et aussi une confiance en moi, pour pouvoir aller plus loin. Après j’ai aussi développé tout ça avec Yoshvani Medina à l’Atrium, avec lui on poussait vraiment les choses dans la technique.

Moi : Et donc quand tu arrives à l’école Claude Mathieu en quoi consiste ta formation ?

Mike : Chez Claude Mathieu les cours sont plus ciblés. On n’a par exemple quatre heures de cours sur le corps, quatre heures sur la voix, et quatre heures de cours de classique où l’on aborde les œuvres de Claudel, Racine et des heures de cours ou l’on aborde des œuvres plus contemporaines. Autant de cours pour asseoir les acquis. Le cursus se fait sur 3 ans.

Moi : Et vous aviez des représentations annuelles ?

Mike : Alors chaque semestre, les différentes classes se montrent mutuellement leur travaux devant les professeurs qui donnent après leurs avis et donnent des conseils pédagogiques pour les semestres suivants.

Moi : Quels étaient tes cours préférés ?

Mike : J’ai toujours eu un rapport au corps très important, grâce à ma mère qui est professeur de danse, donc j’ai toujours beaucoup aimé les travaux corporels. Mais ce que j’ai particulièrement aimé c’est de pouvoir développer un rapport à moi – même qui me fait peur, je pense en particulier aux cours de théâtre contemporains ou j’étais souvent amenés à jouer des personnages très violents, j’ai dû aller chercher la violence qui était en moi, une facette que je ne connaissais pas. J’ai vraiment aimé travailler ça, notamment avec Brigitte Boucher, une de mes profs avec qui j’ai tourné récemment d’ailleurs. Ce sont des rôles que j’aime énormément parce qu’ils ne me ressemblent pas du tout.MikeNoiretBlanc

Moi : Après Claude Mathieu, comment ça s’est passé pour trouver des projets sur lesquels travailler concrètement ?

Mike : Alors déjà tout en étant à l’école j’ai eu la chance de pouvoir continuer l’aventure Phèdre à Paris (commencée en Martinique), en 2006 au Théâtre de la Tempête. A côté de ça j’ai toujours essayé, tout en étant à l’école de garder un pied sur le terrain parce que je considérais que trop rester dans le cadre de l’école, c’était prendre le risque de se sentir démuni à la fin du cursus. On nous préparait à la technique, au jeu etc, mais à la sortie de l’école, l’humain reprend le dessus et c’est à nous de faire les choses, d’y aller. C’est pour cette raison que j’ai toujours tenu à passer des castings à droite à gauche en parallèle de la formation, pour justement ne pas être perdu.

Moi : Comment as tu procédé au début pour te faire la main  ?

Mike : Au début on accepte des pièces pas forcément payées, des rôles de figurations par ci par là, mais c’est ce qui créé le réseau, un élément fondamental dans ce métier. A faire avec une pièce non payée, je rencontre une autre personne, acteur ou metteur en scène qui peut me faire travailler dans sa compagnie où là c’est payé en revanche. D’où l’importance de cultiver ses relations, sans pour autant tomber dans l’opportunisme.

Moi : Quel a été ton premier gros projet ?

Mike : Phèdres en Martinique, première grande pièce à laquelle j’ai pris part ! Sinon à Paris, au niveau théâtral, c’était avec la pièce, à partir d’un sms au Théâtre Clavel mis en scène par Silas Van H. Je sortais du Classique et j’allais vraiment vers quelque chose de plus contemporain, léger, drôle. MikeSmile
MikeNoeudPap

Moi : Dans ton apprentissage, est ce que tu as étudié les différences qui pouvait exister entre le théâtre et le cinéma ? C’est vraiment deux mondes distincts ? On vous apprend à adapter votre jeu selon l’un ou l’autre ?

Mike : A Claude Mathieu non, c’était vraiment très axé sur le théâtre. Cependant à partir de la 2e ou 3e année on peut avoir des stages et/ou classes « devant la caméra » pour savoir comment l’appréhender, comment doser son jeu. C’est totalement différent, la façon est de jouer est vraiment très différente. Le jeu doit être beaucoup plus minimaliste devant une caméra.

Moi : Mais à ta sortie de l’école, tu t’es plutôt dirigé vers le théâtre ou le cinéma ?

Mike : En fait en sortant de l’école Claude Mathieu, je pense qu’on a assez de bases et de technique pour nous dire que  « Si c’est du théâtre j’en suis capable » et « Si c’est devant la caméra j’en suis aussi capable ». Donc on prend ce qui vient à nous, sans pour autant choisir n’importe quoi, on nous apprend a être vigilant dessus. Plein de gens qui sortent de Claude Mathieu se retrouvent sur scène, ou devant la caméra comme Amélie Etasse par exemple, ancienne de l’école qui joue dans Scène de Ménage, d’autres se retrouvent directeur de théâtres. Beaucoup de petites compagnies se sont formées également et se développent pas mal.

Moi : Tu as gardé beaucoup de contacts avec ceux qui étaient en cours avec toi ?

Mike : Quelques personnes oui, mais surtout des professeurs. Je ne voulais pas non plus trop rester dans le cadre de l’école, je me développais quand même un autre réseau ailleurs. Mais ça ne m’empêche pas d’être très content de retrouver les autres élèves quand on se rencontre, aucun soucis à ce niveau là. La plupart d’entre eux est restée dans le théâtre mais certains se sont découvert une âme de metteur en scène, je dirais même de très très bon metteurs en scène.

Moi : J’ai presque oublié de te poser LA question, Pourquoi le théâtre ?

Mike : Pour le goût de la scène ! Le théâtre c’est avant tout le goût de la scène, d’ailleurs la racine même du mot théâtre c’est le mot « regard », on a un rapport avec le regard des autres tel, que l’on a envie de montrer ce qu’on peut jouer, ce qu’on peut faire.
Je me souviens, petit, lors de la préparation des spectacles avec ma mère, de ce goût pour le feu de l’action, pour cette ambiance d’émulation créative avant la première, pour les répétitions, j’adore les répétitions ! Lorsque vient le jour J, c’est excitant mais on sait que ça va aussi s’arrêter et lorsque ça arrive, c’est le drame, donc je me dis « Il faut vite que je retourne sur scène ».

Moi : Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi cette envie de divertir ?

Mike : Ah oui complètement ! C’est ce vers quoi je me dirige, d’ailleurs même moi quand je vais au théâtre, j’ai pas envie d’aller voir une pièce un peu trop intellectuelle et quelque chose du genre. Vu la conjoncture, à l’heure actuelle, les gens ont plus envie de se détendre, alors on va pas se détendre bêtement non plus c’est pas ce que je dis, mais au bout d’un moment c’est « Take it easy » !
Après moi en tant qu’acteur, ça m’empêche pas de jouer dans des pièces classiques de temps en temps comme Antigone dernièrement en Martinique, c’est toujours bien car ça permet de ré-asseoir ses bases.

Moi : Mais en ce moment tu as envie de faire quel genre de pièce ?

Mike : En ce moment, les pièces plutôt légères ça me va. Mais c’est vrai que je me sens très bien dans le Classique parce que c’est quelque chose que je SAIS faire, j’ai encore pas mal de choses à découvrir dans les autres répertoires. Sinon je suis ouvert à tous les genres.

Moi : Comment t’es venu le projet les Garçons de Chambre ?

Mike : J’ai vu une annonce de Julien Lazzaro sur cineaste.org, et j’ai décidé de postuler après avoir regardé un peu son travail, j’ai été très impressionné qu’un français puisse faire des images aussi propres via internet, même pas la télé. Je me suis dit qu’il fallait à tout prix que je travaille avec lui. J’ai envoyé ma candidature comme ça, sans vraiment correspondre à l’annonce, il a souhaité me rencontrer et il m’a proposé un des rôles principaux. D’ailleurs le rôle proposé n’est pas celui pour lequel il m’avais casté au départ, c’est lors de notre rencontre qu’il s’est dit « ben tiens essaie plutôt ce rôle là », du coup j’ai appris les deux pages tout de suite, ça les a énormément impressionné, mais au moins ils ont senti que je savais travailler dans l’urgence, que je savais rebondir rapidement.AffichePromoLGC

Moi : Donc c’était ta première expérience devant la caméra ?

Mike : Oui première grosse expérience devant la caméra. Là on est vraiment sur des journées de tournage, un suivi et une dynamique totalement différents. On peut refaire la scène si ça va pas alors qu’au théâtre on a pas droit à l’erreur.

Moi : Mais est ce que le fait de pouvoir refaire la scène ne demande pas aussi par conséquent plus de précision au final ?

Mike : Oui totalement. Plus de précision parce qu’il faut que le tout reste cohérent. Sans forcément parler de jeu, quand on prend par exemple ce qu’on appelle les « raccords », il faut être très précis. Imaginons que j’ai ma main sur la table, on ne peut pas refaire la scène avec ma main derrière ma chaise par exemple.

Et bien sûr c’est pareil au niveau du jeu, après il faut soit écouter ce que ton réalisateur te dit, intensifier, diminuer, ne pas en faire trop. Je me souviens avoir été à des castings où l’on m’avait reproché d’avoir un jeu trop « théâtre », je me disais « mais qu’est ce que ça veut dire ? » surtout en ayant l’impression d’avoir le jeu le plus sincère possible, et finalement c’est seulement sur le terrain, une fois devant la caméra que tu comprends ces subtilités, que tu apprends à doser, que tu comprends qu’il faut toucher à quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus sincère, qui n’est pas démonstratif mais au contraire intérieure mais qui doit se voir à l’extérieur. Un peu comme Activia quoi ! (LOL Ben oui c’est Mike). Je pense que lorsque l’on me disait que j’étais trop « théâtre » ça devait être en lien avec ma diction et mon faciès, le théâtre c’est très déclamé donc les expressions sont plus tranchées, devant la caméra on demande plus de minimalisme, on nous demande de jouer le « naturel ».

Moi : Tu as remarqué une différence de mentalité entre les deux mondes ?

Mike : Dans le théâtre, il y a une sorte de partage, notamment avec le public, amplifié par le coté instantané. Après, le partage se fait autrement dans le cinéma, sur une série comme les Garçon de Chambre ou même sur une journée, des liens se créent.

Moi : Beaucoup de rivalités dans ces milieux ?

Mike : Oui quand même, il y a des mythes qui sont réels. Parfois ça arrive que ça se marche dessus et tout mais je m’attarde pas vraiment sur ça en fait.

Jusqu’à présent j’ai jamais rencontré quelqu’un de mal intentionné, ou quelqu’un qui ait à tout prix voulu être en concurrence avec moi, en même temps j’ai pas envie d’être en concurrence avec qui que ce soit. Par exemple j’ai pas envie de me mettre en concurrence avec un autre métis en me disant qu’il a plus de rôles, ni même me mettre en concurrence avec des gens à la peau plus claire en me disant qu’ils ont plus de rôles parce qu’ils sont blancs ou quelque chose du genre. Ce sont des choses que je me refuse de penser parce que pour moi c’est une perte de temps. Je suis là pour faire mon travail et je me dis que si je n’ai pas un rôle c’est que je n’ai pas été assez bon, point !

Et voilà pour la première partie de l’interview, la suite dans quelque jours promis ! 😉
D’ici là, pour découvrir un peu plus l’univers de Mike, vous pouvez le retrouver sur les réseaux sociaux et son site internet.

Mike Fédée
Site internet
Page Facebook 
Twitter 
Instagram

Crédits photos
3e et 4e photo : JP’s Photography
5e photo : Les Garçons de Chambres
Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply

%d blogueurs aiment cette page :